Armistice Day: Vernon Lee’s Letter to Mathilde Hecht, 17 November 1918

Dear Readers, chers lecteurs, chères lectrices

en ce jour de commémoration du centenaire de l’Armistice, qui mit fin à la sanglante Première Guerre Mondiale de 1914-1918, cette lettre inédite de Vernon Lee à Mathilde Hecht, recopiée par Berthe Noufflard, et datée du 17 novembre 1918, révèle à quel point la pacifiste fut marquée par cette guerre qui en annonçait d’autres. Non, la guerre qui venait de s’achever n’allait pas être la “der des der”.

Today’s celebration of the centenary of Armistice Day 1918 calls for the testimony below. This unpublished letter to Matilde Hecht, copied by Berthe Noufflard, and dated November 17, 1918, reveals how traumatised the pacifist Vernon Lee was. Indeed, the war that had just ended was not “the war to end all wars”.

Demeurons vigilants!

Let us never forget…

Sophie Geoffroy

 

Vernon Lee à Mathilde Hecht,

34 Royal Avenue, Chelsea [Londres]

le 17 Nov. XVIII

Bien chère Mathilde,

Si j’avais mis sur le papier les lettres que je vous ai écrit ces derniers temps, surtout cette dernière semaine, chaque poste vous en aurait apporté une, et quelquefois deux…

Peut-être devinez-vous leur contenu, de même qu’il me semble deviner ce qui se passe en vous.

Chère Mathilde, au moins la tuerie a cessé, et avec elle l’angoisse pire qu’elle. Les malheureuses gens retournent chez eux, pour y trouver… quoi ?

Et tous, il me semble, nous sommes un peu comme ceux-là : après l’incendie, nous sortons, croyant retrouver un peu du monde d’avant. Et ce n’est peut-être qu’à partir d’aujourd’hui que nous apercevrons toutes nos pertes, morales bien plus que matérielles, et les ruines fumantes qui peut-être tomberont pour nous ensevelir ; car la haine est restée et la misère combien plus grande !

Je ne veux pas mettre cette note dans votre joie. Car après les souffrances et les angoisses traversées, il ne doit y avoir en France qu’une folle joie ; Pardon alors d’avoir étalé mon pessimisme.

Et après tout, l’essentiel c’est que la tuerie cesse, et avec elle la tromperie, la peur qui est le pire menteur de tous ; la vie reprend, l’humble, stupide, saine vie d’avant ; et dans le travail petit à petit la haine s’oubliera.

Pourvu que l’intérêt des particuliers ne l’érige pas en religion où ces messieurs vivraient comme toujours de l’autel. Mais avec la paix est venue, ou viendra, la possibilité de parler, d’écrire et d’être écoutés ! Il y aura un immense déblayage moral et intellectuel à faire. Je voudrais avoir vingt-cinq ans au lieu de soixante-deux !

Pour l’instant je reste ici, où il y a de quoi vivre et je ne dirai pas se chauffer, mais ne pas mourir de froid, ce qui avec une colite chronique n’est pas un vain mot.

Les conditions de l’Italie sont beaucoup plus mauvaises ; sans compter que la misère actuelle y produira peut-être quelques désordres, une fois qu’ils auront couvé leurs victoires. Il est possible que je ne rentre chez moi, où, du reste ma maison est toujours habitée par des réfugiés vénitiens, qu’à la fin d’août. Il faudra alors que je vous revoie, chère, chère Mathilde.

Je reverrai Irène [Forbes-Mosse] probablement en traversant la Suisse ; je l’espère. Notre affection est restée intacte ; mais je ne crois pas qu’elle retourne jamais en Italie, ce qui m’obligera peut-être à vendre mes deux chères maisons et à finir mes jours ici le moins mal possible.

Donnez-moi de vos nouvelles. J’imagine Mary[Duclaux] dans la joie lyrique. De telles joies ne sont plus mon affaire : le monde me semble beaucoup trop compliqué pour s’y prêter.

Adieu bien chère ; rappelez-moi à vos enfants et à ceux de nos amis qui le voudront bien.

Afft

Vernon

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