Depuis le 9 juin 2024, tous, femmes et hommes de progrès, attachés aux valeurs que défendait et incarnait Vernon Lee: la culture y compris populaire, l’ouverture aux autres, la fraternité entre les humains et entre les peuples, les droits des femmes, l’égalité, la liberté dans le cadre d’une Loi garante de la justice sociale, et même les droits de la nature–, nous retenons notre souffle.
Vernon Lee, tout au long de sa vie, et jusqu’à sa mort en 1935, oeuvra par ses déclarations, par ses lettres aux éditeurs, par sa correspondance, par ses textes littéraires ou philosophiques, en faveur de la défense de ce qu’elle appelait l’Intelligence. Une Intelligence qu’elle s’attache à définir dans un livre visionnaire, dont le centenaire sera célébré dans 1 an: PROTEUS, or The Future of Intelligence, publié en 1925.
The habit of taking “otherness ” into account, and a wider and wider circle thereof, might serve as a rough test of Intelligence and of its progress (Vernon Lee, Proteus)
Sa vie même, mobile, cosmopolite, riche par les amitiés internationales qu’elle cultiva au-delà des frontières y compris en temps de guerre, reste un modèle et une source d’inspiration. Dès 1921, elle s’inquiétait de la montée des extrêmes-droites et de l’antisémitisme partout en Europe, dont elle voyait que cela ne pouvait conduire qu’au chaos. Elle demande ainsi à son amie Mathilde Hecht: “N’y a-t-il pas en France un parti de gens raisonnables … pour empêcher la France de se jeter dans l’abîme ?” (Vernon Lee, lettre à Mathilde Hecht, Florence, 7 février 1921).
Vernon Lee oppose la stratégie de la peur, qui soumet, à l’Intelligence, qui émancipe. C’est ce qu’ont bien compris les dirigeants de ce monde. “the Rulers of Men have by this time mostly recognized that Intelligence is harder to deal with than any number of High Principles, for you cannot hope to bamboozle it into serving you unawares.”
For Intelligence, one of whose virtues is abolishing Fear, is itself stifled by the obsession of danger in this world or the next: are we not seeing the most naturally intelligent of all countries (France) fallen into incredible self-defeating stupidity through its present mania for “Security”? (Proteus)
Choquée par la montée de l’antisémitisme en France, elle soutient les dreyfusards et rappellera souvent l’affaire Dreyfus dans ses lettres à certains amis tentés par la bascule vers l’extrême droite.
l’obsession de sécurité qui me semble apporter dans la politique de votre pays (du moins celle que vos gouvernants et vos journaux nous la font connaître) des procédés et des attitudes propres au contraire à compromettre cette sécurité même et à préparer pour la France et la civilisation et la liberté de l’Europe entière des dangers beaucoup pires que ceux auxquels tous nous avons non pas échappé mais déjà été immolés, car tous nous sommes des vaincus dans ce qui importe le plus, la sécurité spirituelle autant que matérielle, la vie de progrès (Vernon Lee, lettre à Berthe Noufflard, Londres, 26 Juillet XXV https://eman-archives.org/HoL/admin/items/show/9)
A l’opposé, elle reprend courage grâce à la lecture de Jean-Christophe de Romain Rolland, à qui elle dédie The Ballet of the Nations, et pour lequel elle mène la campagne en vue de l’attribution du Prix Nobel de Littérature parce que l’amitié y est un ciment capable de résister à la haine. Comme il l’écrit en 1916:
“Dans l’abîme de misères où l’Europe s’enfonce, ceux qui tiennent une plume devraient se faire scrupule de ne jamais apporter une souffrance de plus à l’amas de souffrances, ou de nouvelles raisons de haïr au fleuve brûlant de haine.” (Romain Rolland, 1916)
Contre le nazisme, Vernon Lee lit et relit Faust dans le texte et en recommande la lecture à ses amis car … Hitler déteste Goethe, et la culture est une des manières de lutter contre le nazisme. En Italie, elle lutte contre le fascisme, soutient Gaetano Salvemini et diffuse son journal, NON MOLLARE, non sans risques.
“J’apprends que les journaux anglais, à commencer par le Times, se sont mis en émoi pour Salvemini. Je vais voir la femme de Trevelyan qui me dira s’il existe déjà une traduction anglaise du numéro de Non Mollare ou s’il est utile que j’en fasse une : elle gagnera pour avoir lu celle de M. Noufflard. Dans tous les cas cette traduction française m’a donné une espèce de joie qu’on ne connaît plus depuis l’affaire Dreyfus.” (Vernon Lee, lettre à Berthe Noufflard, Londres, 4 juillet 1925).

Suivons son exemple: résistons à la peur, à la xénophobie, à l’intolérance, à la violence!


